MONTÉE DES EAUX 

Zinc, acides, acrylique

Montée des eaux, ou une fatigue productive.

L’agitation de toute vie nous éloigne de la mort, mais aucunement de l’épuisement.

C’est dans cet état, au sortir du dernier hiver, le plus pluvieux jamais vécu, que je prends conscience d’une nature infatigable, pourtant fatigable.

Je cherche un endroit pour me désencombrer du monde.

Rien n’y fait, la pluie sous toutes formes est compagne de jour et de nuit, et cela jusque tard dans le printemps.

Depuis 30 ans, mon travail est source sans cesse renouvelée .Que puis-je faire de toute cette eau ?

Mouillé pour humide, dans un accablement auquel personne ne peut se soustraire, je comprends qu’il me faut d’avantage contempler l’eau comme une force en réserve.

La Mythologie Grecque consultée, comme souvent dans ce parcours créatif, me conduit vers les filles de Nérée et de Doris, les «  Néréides  »  

Les récits  d’Homère, d’Hésiode et d’Apollodore  autour de ces 50 divinités aquatiques seront l’axe de réflexion.

Il pleut alors tant dans les plis de mon existence que le choc de cette réalité me détourne vers d’autres codes, un nouveau développement d’idées dans une autre matérialité.

La goutte et la larme liées par ce juste moment avant que quelque chose arrive, est toujours le meilleur moment .Toute œuvre d’art est d’eau, je veux dire de sueur.

L’eau, une œuvre  qui fait renaître.

Montée des eaux est à la fois cadrée et ouverte.

Cadré, comme nous dans nos intérieurs protégés, et ouvert, comme ces gouttes de vie libres au vent.

L’œuvre est immersive, une double lecture qui invite à ne pas perdre ce qu’on voit, dans ce qu’on regarde.

La contemplation commence devant ces murs d’eau.
Une goutte de moindre existence visuelle devient immensité.
Toujours dans une œuvre esthétique, il s’agit d’immortaliser la plus petite perle de vie.

Ce travail sera celui d’Annie Thérie une peintre en haute couture, que je sollicite pour rehausser le graphisme.

Chaque instant de pluie souligné par le relief de peinture et de lumière, est un appel visuel, la « sculpto-peinture » devient bas relief,  pour installer la tactilité.

Mais avant de toucher l’œuvre il faut être touché par l’œuvre.

La matière  Zinc  comme matériau brut, dans une superposition d’oxydations et d’acrylique, permet une profondeur à plusieurs champs. Son traitement par les différents acides prolonge une perspective de clair-obscur.

La pluie sous un rai de soleil, n’est-elle pas  plus onctueuse, plus lumineuse, voire plus chaude ?

Abtey - 2018